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Judéo-nazaréisme

Longtemps confondu avec le judéo-christianisme, ou mal interprété sous le nom d'ébionisme par les pères de l'Eglise, qui qualifiaient cette doctrine de "se vouloir juive et chrétienne, mais n'être ni l'un ni l'autre", le judeo-nazaréisme est aujourd'hui redécouvert, en particulier dans le rôle qu'il joua dans la naissance du proto-islam.

Le résumé qui suit entend exposer les découvertes et les éléments mis en perspective notamment dans la thèse d'Édouard-Marie Gallez, le Messie et son prophète, soutenue en 2004 à l'Université Marc Bloch de Strasbourg, où elle reçut les félicitations du jury.

Les Judéo-chrétiens

Le judeo-nazaréisme ne peut se comprendre si on ignore que le judaïsme était extrêmement diversifié avant le Ier siècle EC. En effet, le pharisaïsme ne donnera pas naissance au judaïsme rabbinique avant le IIe siècle, et son hégémonie ne sera pas établie avant le 7ème. Il y eut dans cet intervalle un intense foisonnement d'idées, chacune faisant plus ou moins d'adeptes

Cette doctrine, messianique, s'étend chronologiquement environ entre le IIe siècle avant l'EC (crise du sacerdoce du Temple) jusqu'au VIIe siècle EC. Le judéo-nazaréisme eut une postérité à travers l'islam, à la naissance duquel "il joua un tel rôle qu'on peut se demander s'il n'en est pas en grande partie à l'origine" (S.C. Mimouni)

La doctrine du judeo-nazaréisme apparaît dans l'opposition de certains prêtres au Culte du Temple au IIe siècle avant l'EC. Le culte leur paraît impur; le "maître de Justice" fut persécuté par le Temple pour s'y être opposé. Ce personnage que l'on croyait mythique pourrait être, d'après les découvertes de Jacqueline Genot, le Cohen Yossé ben Yo'ezer.

Si c'est le cas, son supplice et sa mort sont consignés dans les manuscrits de Qumran (les Testaments des 12 Patriarches, notamment).

Arrêté le jour de Kippour, ce qui aux yeux de ses fidèles est la pire des vilenies, il est exécuté. Ses disciples persévèrent alors dans la voie de son opposition, dans l'attente du messie qui purifiera le Culte et chassera l'occupant des Lieux saints.

La prédication du Christ conduisit une partie des Juifs à reconnaître en lui le Messie attendu ; autour de Jacques, évêque de Jérusalem, "frère du Seigneur", et chef des judéo-chrétiens attachés à la continuation du rite juif relu selon l'enseignement du Christ, se constitua une communauté diverse attendant le retour glorieux du Christ qui devait chasser définitivement l'occupant romain et fonder enfin le Royaume attendu, royaume de perfection et de justice annoncé par Isaïe.

Si la tradition apostolique dont témoignent les Evangiles canoniques soutient que le royaume du Christ "n'est pas de ce monde" et, de ce fait, est spirituel et doit se mettre en place par un changement de conduite personnelle, les mêmes Evangiles témoignent également que certains judeo-chrétiens, dans la tradition nazaréenne et se référant à l'Evangile de Matthieu, pouvaient croire en un royaume très politique et terrestre à venir dirigé par Jésus. C'est ainsi que peut s'engendrer une opposition marquée, entre la conception d'un salut individuel, d'une part, et celle d'un salut collectif, d'autre part dans les cercles judeo-chrétiens.

La persécution des judeo-chrétiens, puis la révolte juive et la destruction du Temple dispersa les chrétiens ayant quitté Jérusalem peu avant le désastre (70 EC).

Les judeo-nazaréens virent dans ces événements les signes de la fin des temps et l'imminence du retour parousiaque et glorieux du Christ.

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Les Nazaréens

Certains Judeo-chrétiens, réfugiés à Pella en Syrie, refusèrent de rentrer à Jérusalem occupée par les païens ou les Juifs. Se radicalisant, vénérant la mémoire de Jacques, l'évêque de Jérusalem (comme en témoignent plusieurs Apocryphes dans l'esprit apocalyptique du temps), ils décidèrent de s'isoler, se "réfugier au désert", dans la tradition juive, en attendant des jours meilleurs. Ils se dénommèrent "pauvres" (Ebionites) ou nazaréens.

La mouvance nazaréenne est difficile à cerner car nombre de ses écrits furent catalogués "chrétiens" dans la mesure où ils parlaient de Jésus ; cependant bien des auteurs ont pu remarquer que ce christianisme prétendait à une observance judaïque stricte (même s'ils rejetaient les sacrifices et le culte du Temple), en rejetant les autres chrétiens désormais tournés vers le monde païen, à ce titre considérés comme renégats. Le judeo-nazaréisme, refusant de voir en Jésus un dieu, se redéfinit donc contre les chrétiens de type "apostoliques" (du fait de leur attachement à l'idée de continuité avec l'ancienne alliance et de leur foi en Jésus en tant que prophète, les ébionites se trouvaient en effet en opposition avec Paul et sa conception du salut), contre le judaïsme désormais unifié autour du rabbinisme, et contre l'occupant romain bientôt devenu chrétien, mais considéré comme païen. .

L'archéologie en Syrie témoigne de la présence de ces communautés ; la toponymie ayant pour racine "nasara", très fréquente, témoigne de la présence de ces groupes dont l'idéologie, variant dans le temps et l'espace, n'est pas unifiée : on doit donc parler de mouvance plutôt que de secte proprement dite. Le judeo-nazaréisme alimenta pendant plusieurs siècle un esprit de révolte messianique et apocalyptique.Ainsi, Paul de Samosate, conseiller de la reine Zénobie qui se révolta contre toute attente contre Rome, a sans doute été un judeo-nazaréen ayant endoctriné la reine. Cet esprit messianique reste très présent en Orient jusqu'au VIIe siècle. Des vestiges retrouvés dans plusieurs villages peuvent témoigner de liens tissés en Syrie entre les nazaréens et des tribus arabes, notamment les Qoraïchites, tribu de Muhammad, dont la toponymie témoigne également de l'implantation en Syrie. Muhammad lui-même épousa, dans la tradition islamique, Khadidja, dite parfois juive, mais qui serait plus probablement judeo-nazaréenne dans la mesure où son oncle, Waraqa, est dit être "chrétien" (en fait, "nasraniy", traduit par chrétien) converti (gagné aux idées politico-religieuses des ébionites ?) et versé dans les Ecritures hébraïques. Un hadith rapporte même que quand Waraqa mourut, la Révélation faite à Muhammad s'interrompit pour un temps. Ce fait, rapproché de bien d'autres, porte E-M Gallez à conclure que Waraqa fut sans doute un des principaux vecteur du judeo-nazaréisme auprès des Arabes et de Muhammad, auquel il enseigna ses doctrines sur un "Jésus-Messie" (expression que contient le Coran) devant revenir à la fin des temps.

A noter que si d'autres sources, plus traditionnelles, comme le livre d'Aïcha, font de Waraqa un chrétien nestorien, le Messie qu'il professe a cependant peu à voir avec celui des chrétiens, ceux-ci étant considérés par l'islam comme polythéistes, puisqu'ayant divinisé Jésus.

Or, pour le nazaréisme comme pour l'islam, Jésus n'est qu'un roi-Messie attendu pour instaurer un royaume parfait et régner pendant 40 ans (400 ans dans le Coran). Le judeo-nazaréisme s'allia donc, par la prédication, plusieurs tribus arabes, se constituant une force armée redoutable.

Il reste peu de chose des ouvrages composés par les ébionites (fragments de l'Évangile des ébionites, Kérygmes de Pierre et autres sources utilisées par la littérature pseudo-clémentine).

Ils disparurent vers le Ve siècle. Cependant des mouvements religieux se réclamant des ébionites subsistent encore.

L'Islam et le Troisième Temple

Ce qui suit, est la version donnée par les judeo-chrétiens, les musulmans ont une vision différente :

Au début du VIIe siècle, l'esprit apocalyptique est porté à l'extrême dans l'opposition entre l' empire byzantin et l' empire perse ; beaucoup de chrétiens de leur côté relisent l' Apocalypse et identifient les signes des temps dans le Livre saint. L'avancée des troupes byzantines suivies par la reprise de Jérusalem par l'empereur Héraclius provoque en 622 un exode de Judeo-nazaréens et de Qoraïchites quittant la Mecque à la Médine (an Zéro de l'islam : Hégire). Ces exilés, qui se nommèrent Muhadjirun ("émigrés", premier nom donné aux musulmans) se réfugièrent à Yatrib d'où ils priaient tournés en direction de Jérusalem (les premières mosquées musulmanes ont en effet une qibla tournée vers Jérusalem et non vers La Mecque ; celle de Médine est dite ainsi "de la double direction"). On ne peut s'empêcher de faire le lien entre la renomination de Yatrib en Médine et Modiin, la ville d'origine des frères Macchabées pendant l'occupation grecque de la Terre Promise. Renommer une ville, et établir un nouveau calendrier retranscrit souvent un projet politique d'envergure qu'il faudrait donc lire selon l'histoire biblique qui est restée très présente dans le Coran. Dans l'esprit des Nazaréens, une ère nouvelle devait s'ouvrir désormais.

Selon Alfred Louis de Prémare (les Fondations de l'islam, 2002), il faut relire complètement les sources d'origine islamiques sur lesquelles on s'appuyait jusqu'à présent, pour les intégrer dans une perspective plus ouverte (il existe des écrits non musulmans décrivant la période et permettant de mieux comprendre le corpus islamique qui a subi de longues transformations ultérieurement à ces événements) dans la mesure où bien des données peuvent être douteuses (on dispose de plus d'un million et demi de hadiths souvent contradictoires) ; la Vie de Muhammad d'Ibn Hisham en particulier, qui est une commande califale très politique, et qui remplace celle d'Ibn Ishaq qui s'est perdue, n'est pas fiable, en tout cas vérifiable. La vie de Muhammad restera donc en grande partie mystérieuse ; le seul fait établi est qu'il essaya, en 629, de prendre Jérusalem, dans l'optique nazaréenne de libération de la Terre sainte. Il échoua. Cependant son successeur Umar y parvint, et sa préoccupation fut alors de bâtir hâtivement un "Cube" en bois dans les dimensions du Temple de Salomon, là même où le Temple avait été jadis bâti.

Cette construction d'Umar (à ne pas confondre avec la mosquée du même nom construite à la fin du VIIe siècle) sur l'esplanade même du Temple de Salomon n'est pas due au hasard mais témoigne que le proto-islam considérait ces lieux comme saints à la suite du judaïsme et du judeo-nazaréisme (pour les Chrétiens, le nouveau Temple de Dieu est le coeur de chacun), bien avant que soit répandue l'histoire légendaire du fameux "voyage nocturne" de Muhammad qui, constituée du temps des califes, donna une explication a posteriori de la sainteté des lieux qui remplaça celle donnée jusque là par le judeo-nazaréisme, avec lequel l'islam naissant avait entre-temps rompu.

Selon le judeo-nazaréisme, la libération de Jérusalem, la reconstruction du 3e Temple aurait dû remplir les conditions pour un retour du Christ et l'instauration de son royaume. Le Christ n'étant pas revenu, la doctrine des judeo-nazaréens fut disqualifiée et le nouveau pouvoir arabe dut reconsidérer les justifications à son emprise étendue en Orient. L'islam naquit de cette rupture avec le judeo-nazaréisme, de l'occultation de cette vieille doctrine, laquelle transparaît cependant encore parfois dans le Coran, dont les traductions du professeur Luxenberg montrent que la langue initiale du texte provient d'un lectionnaire rédigée en syriaque, et non pas en arabe d'Arabie du Sud comme cela est souvent avancé.

A la suite de Patricia Crone, les recherches récentes d'Alfred-Louis de Prémare, de Jacqueline Genot, de Christof Luxenberg, d' Edouard-Marie Gallez tendent donc à renouveller les perspectives de l'histoire du Moyen-Orient des premiers siècles ; une explication réside donc dans l'étude du judeo-nazaréisme dont l'importance a été trop souvent négligée.

" Le Messie et son prophète, E-M Gallez, 2 tomes, éditions de Paris, 2005

" Les Fondations de l'islam, A-L de PRémare, éditions du Seuil, 2002

" Enquêtes sur l'islam, A-M Delcambre (et alii), Desclée de BRouwer, 2004

" Le prêtre et le prophète (Waraqa), aux sources du Coran, J. Azzi, Maisonneuse et Larose, 2001

" Die syro-aramäische Lesart des Koran, Christoph Luxenberg, Das Arabische Buch, 2000

" Une lecture juive du Coran, Haï Bar-Zeev, Berg International Editeurs, 2005

Essai de généalogie du christianisme primitif

Les différents courants connus du Judaïsme palestinien du Ier siècle : Sadducéens, Esséniens, Pharisiens, ont soit disparu à la chute du Temple de Jérusalem autour de l'an 70, soit fusionné petit à petit avec ceux de la Diaspora surtout babylonienne d'où venait Hillel, ou égyptienne où avait vécu Philon d'Alexandrie, notamment autour de l'école de Yabné (vers l'an 90).

On notera que les différentes hérésies ou hétérodoxies du christianisme primitif sont souvent tout autant des courants transversaux (au moins dans une aire culturelle donnée) que des groupes schismatiques. Les filiations réelles sont par ailleurs plus complexes que ce schéma ne le laisse penser ! Enfin, les sources d'information disponibles sont peut-être assez partisanes (comme les Actes des Apôtres ou les écrits des hérésiologues de la " Grande Église ", qui ne prétendent pas à la neutralité, mais sont des mises en perspective de l'histoire).

Il s'agit d'une recherche..

 

 

 

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